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Le lieu Son histoire remonte à 1670, quand le bachelier Pedro de Solís y Valenzuela offrit à l'ermitage de Monserrate un hectare de terre environ, situé dans l'endroit appelé Toma de la Aduana. En 1800, le chapelain de Monserrate, José Torres Patiño, vendit le terrain pour la somme de 120 pesos au percepteur principal de l'impôt sur le tabac de Santa Fe, don José Antonio Portocarrero. Le nouveau propriétaire construisit une maison de campagne qu'il aménagea afin d'y recevoir le vice-roi Antonio Amar y Borbón et son épouse, le vice-reine Francisca Villanova.
L'amitié que don José Antonio Portocarrera professait pour le vice-roi, ou l'admiration qu'il vouait à la vice-reine, furent symbolisées à cette époque par une allégorie de Cupidon qu'il fit peindre dans la salle à manger de sa villa avec l'inscription équivoque que voici : «Aimer est mon délice», où le verbe aimer, amar en espagnol, permettait un jeu de mots avec le nom du couple. Quelques années plus tard, ces mots devaient finir par être remplacés par d'autres, énonçant «Bolívar est le dieu de la Colombie».
Au centre se trouve la maison avec ses jardins à l'abandon, ses arbres décrépits qui étendent leurs branches et leurs ombres sur les couloirs solitaires et les salons en ruines dans lesquels en d'autres temps résonnèrent des musiques voluptueuses, pendant des nuits de festins surpris par l'aurore ; avec sa cheminée de marbre blanc, dans le cabinet de gauche, sur laquelle fut signé le refus de commuer la peine capitale pour les conjurés de septembre 1828 ; avec ses terrasses qui sentirent le contact des bottes ferrées des libérateurs ; avec son voluptueux bassin clôturé de basses clôtures , couvertes auparavant de plantes grimpantes, et surplombé d'un pur ciel bleu ; avec son svelte mirador s'élevant sur la colline, comme une vigie attentive ; avec ses chambres, entièrement parfumées, qui virent le héros, de retour du Pérou, passer couvert de lauriers, et se soulager de la gloire dans les bras de rose de l'amour ; avec sa splendide salle à manger, reliée à la salle principale et, par de délicieuses perspectives, au patio et aux jardins, et où, aux jours tranquilles de la colonie, don José Antonio Portocarrero, propriétaire et bâtisseur de la Quinta, homme de bon goût et apprécié de tout le monde, échangeait agréablement sur les affaires de l'Etat avec Amar y Borbón, son grand ami, le vice-roi de Santa Fe et la dame de celui-ci, doña Francisca Villanova, la vice-reine, pendant que, devant les amis réunis, au fond, apparaissait cette inscription en lettres formées avec les roses du jardin : «Mon délice est aimer ( Amar )».
Cornelio Hispano, 3.4.1919
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